Alimentation et fertilité: focus sur les vitamines, minéraux et oligo-éléments

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Les vitamines, minéraux et oligo-éléments sont importants pour la bonne santé de la vache. Mieux ils sont équilibrés dans la ration, mieux la vache pourra les exploiter. Certaines de ces matières sont d’une importance spécifique pour la fertilité des animaux. Nous nous y attardons dans cet article dans le but de déceler les erreurs possibles et les façons d’y remédier.

Pourquoi ces matières sont-elles nécessaires?

Les vitamines, minéraux et oligo-éléments sont des substances nécessaires au bon fonctionnement de différents organes, dont le système de reproduction. J’ai retenu cette phrase lue jadis : «il n’y a pas de substances nutritionnelles qui sont nécessaires uniquement à la reproduction, mais pour garantir une bonne reproduction, pratiquement tous les éléments nutritionnels sont nécessaires, y compris pour les autres processus du corps.» Des carences peuvent entraîner des tableaux pathologiques spécifiques, mais elles sont dans la plupart des cas de nature générale. Par ailleurs, des carences peuvent apparaître simultanément, ce qui provoque un tableau clinique très général. Par ricochet, la production laitière fléchit, ainsi que la fertilité, avec, comme corollaire, un intervalle vêlage plus long.

S’agissant de la fertilité, la bêta-carotène et les vitamines A et E sont importantes, tandis que le sélénium (Se) et l’iode méritent une attention particulière. Des carences graves en vitamine A peuvent entraîner une cécité chez les vaches, des naissances (prématurées) de veaux faibles, souvent aveugles ou de veaux morts-nés. Par ailleurs, la vitamine A est importante pour la résistance des muqueuses et donc pour la réduction des risques de problèmes relatifs au placenta et à l’utérus. Quant à la bêta-carotène, elle remplit une fonction dans le bon fonctionnement des ovaires puisqu’elle contribue à la production de la progestérone. Les recherches ont mis en lumière que des carences graves en bêta-carotène peuvent engendrer des chaleurs silencieuses, un cycle anormalement long et des gestations plus laborieuses. La vitamine E et le sélénium favorisent une bonne résistance et protègent du stress oxydatif que traversent les vaches pendant la période de transition.

Quant aux carences en iode, elles peuvent avoir comme conséquence la naissance de veaux chétifs. Ce phénomène a été clairement établi pour les veaux culs-de-poulain en Wallonie, mais est sensiblement moins marqué chez les veaux laitiers.

Pour les minéraux tels que le calcium, le phosphore, le molybdène, le cobalt, le cuivre, le zinc et le manganèse, leur importance pour une bonne fertilité a été démontrée. N’oublions pas cependant que les recherches dans ce domaine font le plus souvent appel à des rations spécialement établies pour ces études et entièrement dépourvues de ces éléments chimiques. Autrement dit, lorsqu’on a concocté une ration entièrement dépourvue de tel ou tel minéral, on peut arriver à démontrer (parfois) l’importance du minéral en question sur la fertilité. Il va de soi que ce type de scénario ne se rencontre que dans des essais spécialement mis en place, mais pas dans la pratique.

Vitamines, minéraux et oligo-éléments

Une carence ou un excès de certains minéraux et vitamines dépend d’une part des besoins de l’animal et d’autre part des quantités de minéraux et vitamines fournies par les aliments. Par ailleurs, pour les vaches hautes productrices il ne faut pas perdre de vue que certains de ces éléments, le sélénium par exemple, sont éliminés via le lait et donc perdus pour

l’animal. D’autre part, les bovins ont ceci de particulier en ce sens qu’ils sont en grande partie en mesure de produire eux-mêmes certaines vitamines, notamment la vitamine B, C et K. En revanche, pour les vitamines A, D et E, les bovins dépendent surtout de l’alimentation et de la lumière solaire (vitamine D). Ajoutons que les vaches sont à même de stocker certains éléments lorsqu’ils sont disponibles en abondance: par exemple le stockage du cuivre au niveau du foie et du calcium dans les os et que les vaches sollicitent lorsqu’elles en ont besoin. Cet avantage peut être utilisé par exemple en fournissant un supplément de vitamines et de minéraux pendant la phase de tarissement afin que l’animal puisse les stocker afin de surmonter la période stressante de la transition qui suit.

Points d’attention dans l’élevage moderne

Comme signalé plus haut, certains éléments sont éliminés en grande partie via le lait. Plus la production est élevée, plus la perte via le lait est importante, ce qui se vérifie en particulier pour le sélénium, alors que ce phénomène est nettement moins marqué pour le cobalt et l’iode. Par ailleurs, de nombreuses exploitations laitières d’aujourd’hui aspirent à la plus grande autonomie fourragère possible en donnant des rations totales mélangées (RTM). Dans la foulée, les concentrés, qui jouent un rôle essentiel dans l’apport de minéraux et de vitamines, sont réduits à la portion congrue et ce pour des raisons d’économie. On accroît ainsi le risque de carences. En outre, le recul de la rotation culturale peut entraîner une érosion des réserves de certains éléments dans le sol. Le type de sol n’est évidemment pas indifférent. Ici aussi, l’exemple du sélénium est éloquent. La concentration de sélénium varie considérablement d’une région à l’autre, allant de 0,1 mg/kg dans les régions pauvres en sélénium à de zones à plus de 150 mg/kg dans les zones riches en sélénium. Parmi les zones géographiques très carencées en sélénium dans le sol figurent l’Inde et la Chine. Dans nos contrées également, certaines régions sont déficitaires en sélénium.













Combler les carences

Lorsqu’on établit les normes de besoin, on tient souvent compte préalablement des points énumérés ci-dessus. On sait que les vaches taries ont une capacité d’ingestion plus faible. Celles qui sont en transition à l’approche du vêlage (et du stress qui l’accompagne) exploitent moins bien la ration alors que précisément elles ont des besoins accrus pour surmonter cette période de stress.

Un problème important pour juger si les animaux ont besoin d’un supplément de vitamines et minéraux est d’estimer leur ingestion via la ration journalière. Pour la bêta-carotène, on sait que les quantités contenues dans les fourrages grossiers sont fortement fonction de ce que contient la ration. Un ensilage d’herbe de qualité et la luzerne sont relativement riches en provitamines, alors qu’un ensilage de maïs, les betteraves fourragères, la pulpe de betterave et la drêche contiennent peu ou pas du tout de bêta-carotène. Dans tous les cas, il faut noter que la quantité de bêta-carotène décroît à mesure que l’aliment est conservé plus longtemps. Après 6 mois de conservation, la teneur en bêta-carotène dans bon nombre de fourrages ensilés diminue de plus de moitié. Cette diminution rapide explique pourquoi au cours de la deuxième partie de l’hiver il faut se montrer particulièrement attentif à l’apport de bêta-carotène dans la composition de la ration. J’y ajoute que les résultats de certaines de mes recherches nous ont appris que dans le même ensilage il existe probablement des grosses différences dans la teneur de bêta-carotène. Nous l’avons constaté sur base d’analyses de sang effectuées à intervalles courts sur des animaux qui ont ingéré des rations provenant d’un seul et même ensilage.

Etant donné qu’il est pratiquement impossible d’évaluer, sur base de l’analyse de la ration, l’état de l’apport de vitamines et de minéraux, on recommande parfois de déceler les carences au moyen d’une analyse de sang. Pour l’estimation de la disponibilité de la vitamine E et de sélénium, on effectue régulièrement des examens de sang, qui permettent aussi de déterminer la teneur en bêta-carotène. Le plus souvent, il s’agit d’un investissement rentable lorsqu’on envisage éventuellement d’acheter des suppléments alimentaires. Pour autant, il faut se montrer prudent dans l’interprétation des résultats des analyses sanguines.

Comme nous l’avons dit plus haut, les concentrations de certaines substances telles que la bêta-carotène peuvent varier énormément, alors que d’autres éléments, le cuivre par exemple, sont stockés au niveau du foie. Dans ce cas, il faudrait faire une ponction du foie pour établir avec exactitude la teneur en cuivre dans un animal.

Outre la difficulté à évaluer la quantité de vitamines, minéraux et oligo-éléments fournis par la ration journalière, il est souvent encore plus compliqué d’établir dans quelle mesure ces différents éléments sont absorbés au niveau de l’intestin. Pour le sélénium, on a montré que le passage de l’intestin dans le sang se fait plus efficacement quand le sélénium est lié aux protéines. A l’état pur, le sélénium est absorbé moins facilement. En outre, il existe une très forte compétition entre les différents éléments s’agissant de l’absorption dans le sang. Il est donc fort possible que lorsque l’éleveur propose un minéral à concentration élevée via la ration pour combler une carence, cette intervention se fasse au détriment d’un autre minéral qui sera par conséquent moins absorbé. Je renvoie ici à ce qu’on appelle la ‘mineral wheel’ qui illustre très bien quels minéraux entravent l’assimilation d’autres minéraux. Un bel exemple est celui du calcium et du phosphore dont ont sait qu’ils peuvent empêcher fortement l’assimilation d’autres minéraux lorsqu’ils sont fournis en concentration élevée dans la ration.

Un paramètre à ne pas perdre de vue: les décisions du législateur ont un impact sur l’apport des vitamines, minéraux et oligo-éléments aux animaux d’élevage. En effet, les normes d’épandage encadrent la fertilisation des sols destinés à la production fourragère. D’autre part, la concentration de certaines substances, le sélénium par exemple, dans les concentrés et les suppléments est déterminée par de dispositions légales.

Un excédent de certaines substances peut être funeste et se révéler toxique. Une fois encore, prenons l’exemple du sélénium. Il existe suffisamment d’exemples d’exploitants qui ont eu la main lourde avec cette matière ou de régions où les terres sont bourrées de sélénium et, par ricochet, les cultures fourragères. Ce dernier cas se rencontre en

particulier dans certaines régions d’Irlande où l’intoxication chronique au sélénium a provoqué un accroissement des boiteries dues à des crevasses dans la corne des onglons dont souffraient les vaches qui pâturaient dans des parcelles trop riches en sélénium.

Conclusions

Tout comme pour l’état de santé général et une bonne production laitière, un apport suffisant de vitamines, minéraux et oligo-éléments est indispensable à la fertilité. Les maladies spécifiques provoquées par une carence de ces matières sont actuellement peu fréquentes. Pourtant, en raison de l’accroissement de la production de lait par vache dans les exploitations modernes, on peut craindre des carences à l’avenir qui pourraient affecter la fertilité des animaux. Un suivi rigoureux s’impose donc, complété éventuellement par des analyses sanguines ciblées.


Texte: Geert Opsomer – Faculté de médecine vétérinaire – Université de Gand | Photos: Twan Wiermans

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