La filière lait marocaine face au défi du ‘plan vert’ – Article entier du magazine “Lait&élevage”

L’agriculture est une branche d’activité importante au Maroc puisque plus de 40 % de la population active de ce pays travaille dans le secteur agricole qui est, du coup, le principal employeur. La majorité des 2,5 millions de tonnes de lait produites chaque année proviennent des 40.000 petites et moyennes exploitations laitières. Une partie de la production est destinée à la consommation locale. Un facteur limitant majeur de la production laitière est bien entendu l’accès à l’eau. Aussi l’élevage laitier marocain se concentre-t-il dans les régions moins arides du nord-ouest du pays et dans les zones disposant d’infrastructures d’irrigation.

En 2008, le gouvernement marocain initiait, sous l’impulsion de l’ancien ministre de l’Agriculture Aziz Akhannouch, un programme de développement ambitieux baptisé ‘Plan vert Maroc’. L’objectif de ce programme : faire de l’agriculture la priorité absolue, lutter contre la pauvreté et renforcer la viabilité des régions rurales. Lorsqu’ Aziz Akhannouch redevint ministre de l’agriculture en 2020, il lança un nouveau plan pour l’agriculture de son pays à l’horizon 2030.

L’objectif de ce plan est de doubler la part de l’agriculture dans le PIB (12,3 % en 2019) et de faire passer les exportations agricoles de 3,3 milliards d’euros en 2018 à 5,72 milliards en 2030. Dans la foulée, 350.000 emplois devraient être créés dans l’agriculture. Par ailleurs, ce vaste plan devrait permettre l’installation de 180.000 jeunes agriculteurs. D’ici huit ans, 150.000 jeunes devraient bénéficier d’une formation professionnelle dans la filière agricole.

Du ‘plan lait national’ au ‘plan vert’

Dans les années septante déjà, le département marocain de l’agriculture avait élaboré un plan de développement de la filière lait dans le but de renforcer la production, la transformation et la consommation. Lesinstruments mis en œuvre consistaient à soutenir les prix à la production, mais aussi à instituer des taxes à l’importation de poudre de lait. A partir de 1983 allait intervenir un tournant de libéralisation de l’économie, accompagnée d’économies budgétaires. Dans l’élevage, cette cure de rigueur se traduisit par un renchérissement des aliments concentrés. Le retrait progressif des pouvoirs publics du secteur laitier dans les années quatre-vingts favorisa l’installation d’acteurs privés, tant au niveau de la production qu’au plan de la transformation.

Au cours de la même période, les autorités favorisèrent la création d’associations professionnelles, en particulier l’ANEB, l’Association nationale des éleveurs de bovins. L’ANEB reprit à son compte une partie des anciens services publics, dont les services de formation et l’organisation des centres d’insémination artificielle.

Au début des années nonante, les prix du lait payé au producteur ont connu une stagnation, alors que les prix à la consommation augmentaient. Pour faire face à cette situation, de nouveaux acteurs se sont mis à collecter le lait autour de grandes villes telles que Casablanca, Rabat et Kenitra. Quant à la vente du lait cru, il se faisait dans de petits commerces. Dans les années qui suivirent, la filière lait a continué de croître, à telle enseigne que la production intérieure était en passe de satisfaire la demande. Pour autant, l’objectif chiffré du plan échafaudé en 2008, à savoir atteindre un niveau de production de 4 millions de tonnes de lait cru en 2020, n’a pu être atteint en raison d’une sécheresse récurrente. En 2020, la production a stagné à 2,5 millions de tonnes.

Génération verte

Pour la plupart des éleveurs de bovins, le bétail est non seulement une source de revenus, mais également une source d’épargne. Le lait est essentiellement destiné à la consommation domestique. En cas de besoin, l’animal est vendu pour la viande.

Grace au développement de points de vente locaux d’une part et de centres de collecte et de coopératives d’autre part, la productivité des troupeaux s’est améliorée, par l’insémination artificielle et l’importation d’animaux de race pure. Les races indigènes, telles que la Brune de













l’Atlas, l’Oulmès-Zaer er la Tidili sont certes rustiques, résistantes aux maladies et adaptées à la rareté des aliments. En contrepartie, leur croissance est lente et leur production laitière faible. D’où les croisements avec d’autres races. La conséquence, c’est un effondrement des races locales, dont la part est passée de 95 % en 1975 à 40 % en 2019. L’hémorragie des races indigènes n’a pas été enrayée.

D’après les statistiques officielles et les calculs de la FAO, l’Organisation des Nations-Unis pour l’agriculture er l’alimentation, on recense 3,5 millions de bovins au Maroc, dont 1,8 million de vaches laitières.

Depuis une vingtaine d’années, le cheptel bovin n’a cessé d’augmenter. La production par vache a suivi la même courbe ascendante, mais les rendements ont plutôt eu tendance à stagner. Observons cependant que la publication des chiffres officiels s’accompagne d’une notice indiquant que les données sur le cheptel et les chiffres de production sont ‘indicatifs’. En effet, très rares sont les éleveurs qui tiennent une comptabilité des données. En dépit de ces réserves, on peut admettre que sur deux décennies, la production totale de lait de vache a doublé.

Le tableau des rendements moyens ne montre pas d’écarts très importants des performances selon les différents types de management et l’effet de l’amélioration des races. Mais la pratique nous apprend que les vaches de races indigènes, soit 30 à 40 % du cheptel marocain, produisent moins de 600 kg de lait par an. Les vaches issues de croisements avec des races importées (40 à 45 % du cheptel) affichent un niveau de production de 2.500 à 3.500 kg de lait par an. Quant aux vaches importées – Holstein, Montbéliarde et Fleckvieh -, elles produisent certes plus – parfois plus de 6.000 kg par an -, mais leur potentiel génétique n’est absolument pas exploité et ce en raison des conditions d’exploitation.

Si le cheptel a cru en nombre, on observe un arrêt de cette évolution depuis deux ans. En effet, les sécheresses dramatiques de ces dernières années ont eu pour conséquence une chute brutale du nombre de jeune bétail, au point que le taux de remplacement n’est plus que de l’ordre de 30 %.

Selon les estimations, 65 à 70 % du lait produit est collecté et vendu aux transformateurs. 10 à 15 % du lait produit est écoulé via des circuits informels. Quant aux 15 à 20 % restants, ils servent à la consommation domestique et à l’alimentation des veaux.

L’industrie laitière

L’industrie laitière est dominée par une demi-douzaine d’entreprises qui détiennent 80 % du volume total. Il s’agit de Centrale Danone, Copag, Nestlé, Safilait, Best Milk, Colainord et Les Domaines Agricoles.

Centrale Danone est la plus grosse entreprise de transformation au Maroc. Centrale Danone compte pas moins de 120.000 fournisseurs, soit 30 % de la production nationale. En 2018, un mouvement de boycott contre les fortes augmentations de prix imposées par les laiteries avait fait baisser les ventes de produits laitiers de 30 à 40 %. Ce boycott avait évidemment touché les producteurs laitiers aussi, contraignant 12.000 d’entre eux à chercher d’autres canaux pour la vente de leur lait cru. Depuis, Centrale Danone a remonté la pente, tirant parti de son large portefeuille de produits qui sont également vendus dans d’autres pays du Maghreb et en Afrique subsaharienne.

Fondée en 1987 par une quarantaine de producteurs d’agrumes, la coopérative Copag s’est développée jusqu’à atteindre 7.000 employés et 20.000 membres, dont une écrasante majorité de petits éleveurs. Copag opère dans les filières fruits, lait et viande. Elle dispose de sa propre exploitation de naissage, d’un abattoir et d’un département services. Copag détient aujourd’hui 11 % de la production laitière marocaine.

Le géant suisse Nestlé a débuté ses activités au Maroc en 1992 et collecte auprès de 16.000 producteurs laitiers. Ces éleveurs bénéficient d’un encadrement et d’un suivi de la part de la laiterie pour la gestion de leur exploitation et la qualité du lait cru.

Apparue en 2006, la laiterie Safilait est devenue un acteur qui compte au Maroc. Elle s’est spécialisée dans la transformation, le conditionnement et la commercialisation de lait frais, de lait UHT et de produits laitiers frais.

Créée la même année que Safilait, Best Milk est basée à Marrakech et commercialise la marque ‘Le bon lait’.

La coopérative Colainord produit environ 60.000 tonnes de produits laitiers par an, à savoir du lait pasteurisé, du lait UHT, du yaourt et autres produits fermentés, du beurre et du fromage frais.

Les origines de l’entreprise Les Domaines Agricoles remontent à 1960. Elle compte 8.500 salariés et possède ses propres exploitations fruitières, bovines et laitières. Sa marque Chergui comprend du lait pasteurisé, des yaourts, des desserts, du fromage. La production laitière dans ses élevages est particulièrement élevée – 9.000 litres par vache en moyenne -. Quant à la production par chèvre, elle est de 1.100 litres annuels.

Par ailleurs, le Maroc compte environ 75 petites et moyennes laiteries. La filière lait de ce pays se trouve face à de sérieux défis à court terme, le premier étant la nécessité d’augmenter les volumes produits. Cet accroissement devra provenir d’une meilleure productivité par l’amélioration génétique et l’alimentation animale. Pour ce qui est de la qualité du lait, celle-ci doit être favorisée par un système pécuniaire d’incitation. Le prix du lait payé au producteur est fonction de divers facteurs, le premier étant l’élément saisonnier. Au printemps et en été, lorsque la production est élevée, le prix est faible, de l’ordre de 2,5 dirhams le litre (0,24 euro). En revanche, en hiver le prix du lait est plus élevé, souvent plus de 3 dirhams (0,28 euro). Un autre élément qui fixe le prix est la composition et la qualité du lait, principalement dans les grandes exploitations détenant plus de 100 vaches et qui livrent aux grosses laiteries et coopératives. La qualité du lait est définie par l’absence de résidus d’antibiotiques et de bactéries. Quant aux taux, ils doivent être supérieurs à 3,5 % pour la matière grasse et à 3 % pour la protéine. Pour les éleveurs dont le lait répond à ces différents critères, le prix est sensiblement plus élevé, à savoir de l’ordre de 3,5 à 4,5 dirhams (de 0,33 à 0,43 euro) le litre, selon la qualité.


Le Maroc en bref

L’agriculture est un secteur économique essentiel pour le Maroc puisqu’il représente environ 14 % du PIB. Selon les conditions climatologiques, ce pourcentage peut varier de 11 à 18 % selon les années. La croissance économique du pays est fortement corrélée à la production agricole. D’autre part, l’agriculture est un important pourvoyeur d’emplois.

La surface agricole utile du Maroc est estimée à environ 8,7 millions d’hectares, soit à peine un peu plus de 12 % de l’étendue du pays. Notons cependant que la superficie herbagère – plus de 20 millions d’hectares – n’est pas reprise dans ces 12 %, en raison de la productivité

extrêmement faible de ces herbages. Cette surface est cependant indispensable à l’alimentation du bétail.

L’agriculture marocaine se caractérise aussi par la part très importante de petites exploitations (moins de 5 ha). Evaluées à 70 % de l’ensemble, ces fermes exploitent environ un tiers de la SAU. A l’inverse, les grosses et très grosses exploitations, certes en nombre limité, assurent une partie importante de la production totale. La catégorie intermédiaire comporte des exploitations de 5 à 20 ha. Les petites exploitations visent essentiellement la consommation domestique et locale. Si leur poids économique est très faible, leur importance sociale est déterminante.

Production

La production du Maroc en 2018

  • 7,3 millions de tonnes de blé (20ème producteur mondial)
  • 3,7 millions de tonnes de betteraves sucrières (destinées au sucre et à l’éthanol)
  • 2,8 millions de tonnes d’orge (15ème producteur mondial)
  • 1,8 million de tonnes de pommes de terre
  • 1,5 million de tonnes d’olives (3ème producteur mondial, derrière l’Espagne et l’Italie)
  • 1,4 million de tonnes de tomates (15ème producteur mondial)
  • 1,2 million de tonnes de mandarines (4ème producteur mondial, après la Chine, l’Espagne et la Turquie)
  • 1 million de tonnes d’oranges (15ème producteur mondial)
  • 954.000 tonnes d’oignons
  • 742.000 tonnes de pastèques
  • 696.000 tonnes de pommes
  • 616.000 tonnes de canne à sucre
  • 500.000 tonnes de melons
  • 480.000 tonnes de carottes
  • 451.000 tonnes de raisins
  • 319.000 tonnes de bananes
  • 128.000 tonnes de figues (3ème producteur mondial, derrière la Turquie et l’Egypte)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.