Une eau d’abreuvement propre, cela commence à la source

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Pourvoir le bétail en eau d’abreuvement propre, cela semble tellement évident. Pourtant, sur le terrain, on s’aperçoit qu’il y a fréquemment des lacunes dans ce domaine, tant dans l’approvisionnement en amont que dans le circuit de distribution. Si la qualité de l’eau peut être améliorée grâce à des produits, il faut bien les choisir et les utiliser correctement.

Chacun sait que la vache a besoin de beaucoup d’eau. Fort curieusement, il existe très peu de recherches sur la corrélation entre l’eau ingérée et la production laitière. Une des rares études à s’être intéressée à la corrélation entre l’eau d’abreuvement et la production laitière est américaine. Effectuée en 2012 à l’Université d’Etat de Pennsylvanie, cette recherche a consisté à prélever des échantillons d’eau dans 174 fermes laitières qui détiennent en moyenne une centaine de vaches. L’eau a été testée sur 13 paramètres. Les résultats ont mis en évidence que dans 45 exploitations, soit un quart des fermes analysées, l’eau d’abreuvement présentait des défaillances sur un ou plusieurs paramètres. Un autre enseignement retenu par les chercheurs : dans ces 45 exploitations, la production laitière s’avérait sensiblement plus faible que dans les autres 129 fermes où l’eau d’abreuvement était de bonne qualité. Dans ces dernières, la production s’élevait en moyenne à 28 litres par vache, alors qu’elle ne dépassait pas 25 litres dans les exploitations où la qualité de l’eau laissait à désirer.

L’étude en question a également mis en évidence que toutes les exploitations laitières dont la production journalière par vache dépassait 34 litres n’avaient aucun problème de qualité de l’eau d’abreuvement. Dans le même temps, une ferme sur trois dont la production moyenne

stagnait à 22 litres ou moins présentait un problème de qualité de l’eau parce que les vaches buvaient moins. Une des recommandations faites par les chercheurs était d’inciter à l’installation de compteurs d’eau pour contrôler l’ingestion d’eau par le bétail.

Des recherches en Belgique

L’intérêt pour la qualité de l’eau d’abreuvement existe chez nous aussi, notamment dans le cadre des critères de qualité QFL. Un projet expérimental réunissant Inagro, la ferme expérimentale Hooibeekhoeve et PVL s’intéresse à la qualité de l’eau d’abreuvement dans plusieurs exploitations laitières en région flamande. Ce travail consiste non seulement à analyser la qualité des différentes sources d’abreuvement, mais aussi la qualité de l’eau dans les abreuvoirs. En comparant, sur base d’échantillons, les résultats d’analyse à la source à ceux des abreuvoirs, les chercheurs ont pu avoir un aperçu de l’état des conduites d’eau. C’est ainsi que, lorsque la bactériologie augmente entre la source et l’abreuvoir, cela indique une pollution des conduites et la présence d’un biofilm sur celles-ci. La biofilm est une fine couche d’un dépôt muqueux à l’intérieur de la conduite, provoquant une prolifération des germes.

Les résultats des mesures se sont révélés significatifs. C’est ainsi qu’on a observé un accroissement de LOG 1 et 2 dans le taux de germes, ce qui signifie concrètement que ce taux peut être multiplié par un facteur 10 à 100 dans le circuit des conduites d’eau. Un tel niveau de souillure de l’eau peut engendrer des problèmes de santé. Cette même étude a également identifié des résultats comparables pour la bactérie Clostridium perfringens. On sait que la présence de ce germe dans l’eau peut provoquer des problèmes de santé chez la vache et les jeunes veaux. On signale d’ailleurs des cas de mortalité subite de jeunes veaux en raison de cette bactérie.

De l’eau saine

Nous avons interrogé Erwin van der Wielen dont l’entreprise Kewi Services conseille les exploitations sur la qualité de l’eau. Au sujet de la pollution microbiologique, il explique : « Jusqu’il y a peu, on se

préoccupait moins de la qualité de l’eau dans les fermes laitières que dans la production porcine et avicole. Mais les choses sont en train de changer en ce sens que dans la production laitière on se soucie de plus en plus de la qualité de l’eau d’abreuvement. Or cette qualité commence en amont, à la source. L’eau de distribution, on le sait, est saine du point de vue microbiologique. Mais il faut faire intervenir le facteur coûts. En Belgique, l’eau de distribution est devenue coûteuse, ce qui incite les éleveurs à se tourner vers d’autres sources d’approvisionnement, que ce soit l’eau de surface ou l’eau de la nappe phréatique. Ceci dit, la qualité chimique et microbiologique de cette eau est parfois médiocre, ce qui contraint l’éleveur à recourir à des méthodes de traitement de l’eau pour la rendre potable. Pour autant, il ne faut pas généraliser et des alternatives à l’eau de distribution ne sont pas en soi de piètre qualité. »













Lorsque les paramètres chimiques ou microbiologiques sont défaillants, une solution consiste à recourir à l’aération pour évacuer les gaz nuisibles tels que le méthane et à utiliser une technique de déferrisation de l’eau. Une provenance autre que l’eau de distribution ou d’une eau de source propre risque d’entraîner une charge microbiologique plus forte. Dans ce cas, on peut la faire passer dans un bain de sel pour en améliorer la qualité. « Dans tous les cas de figure, une installation de traitement de l’eau doit être dimensionnée de telle sorte qu’elle puisse faire face aux pics de consommation. Par exemple, l’équipement doit pouvoir traiter en même temps la quantité l’eau nécessaire au nettoyage de l’installation de traite et à la mise à disposition de l’eau d’abreuvement de tout le troupeau. »

Vérification de l’installation

Des défaillances peuvent survenir dans l’installation même, notamment au niveau de la citerne de réserve. Bon nombre d’équipements d’eau d’abreuvement sont basés sur le principe des vases communicants. Une citerne de stockage fait alors office de tampon. Seulement, elle est rarement ou pas du tout nettoyée. On constate également que le rinçage régulier des différentes conduites est trop souvent négligé. Une autre source de risque est l’utilisation de l’eau de pré-refroidissement comme

eau d’abreuvement. En raison de sa température plus élevée, cette eau est plus sensible au développement de bactéries.

Un autre point d’attention, qui permet d’éviter bien des déconvenues : l’installation doit comporter le moins possible d’endroits où l’eau stagne. De même, le matériau utilisé peut contribuer à la formation d’un biofilm. Tous les types de tylène ne conviennent pas, car ce matériau peut être poreux. Il est préférable d’utiliser le PVC, l’acier inoxydable et le cuivre. Une autre erreur à ne pas commettre est d’enfouir les conduites d’eau dans un puits, ce qui qui se faisait parfois jadis. Dans ce cas, l’eau a tendance à se réchauffer, ce qui favorise l’échange de gaz.

Additifs

Le projet expérimental coordonné par Inagro a un prolongement sur deux ans et se focalise surtout sur la manière dont le traitement de l’eau peut déboucher sur une meilleure qualité de l’eau d’abreuvement. Ce programme de recherche se fait en association avec des entreprises spécialisées dans le traitement de l’eau. Des tests en laboratoire et des essais pratiques sur le terrain sont destinés à étudier les effets du traitement chimique de l’eau sur le fonctionnement de la panse et les performances des vaches. Ces informations doivent permettre à ces chercheurs des recueillir des renseignements pratiques utiles aux éleveurs. « On sait qu’il existe un certain scepticisme dans l’élevage laitier quant à l’utilisation de produits de nettoyage dans les conduites d’eau, de crainte de perturber la flore ruminale. Notre objectif est de savoir ce qu’il en est réellement », souligne An Cools d’Inagro.

Pour le laboratoire Royal GD, il ne devrait pas y avoir de désavantages des produits de nettoyage du point de vue de la santé du bétail, à condition de n’utiliser que les produits qui sont dûment agréés. Et ceci n’est pas une vue de l’esprit puisqu’il existe sur le marché des produits qui ne disposent pas de l’agréation en bonne et due forme. Ces produits ne conviennent pas nécessairement à l’élevage laitier. Dans certains cas favorables, le recours à des produits de nettoyage et de désinfection ne s’impose pas. En effet, si l’analyse de l’eau montre que celle-ci est

parfaitement conforme et que le système de circulation l’est également, il est inutile de recourir à des additifs.

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Texte: Rob van Ginneken | Photos: Twan Wiermans

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