Malgré une demande grandissante du consommateur japonais, la production est à la traîne

Depuis la Deuxième Guerre mondiale, les Japonais se montrent férus de lait, de fromage et de beurre. Pour autant, le nombre de fermes laitières au pays du Soleil-Levant régresse depuis des années. Même la technicité grandissante dans les exploitations ne permet pas d’enrayer le phénomène et de combler la pénurie de lait et de produits laitiers.

Les produits laitiers occupent une place anecdotique dans la cuisine traditionnelle japonaise. Les premières traces écrites à ce sujet remontent à la période Asuka (645-654), sous le règne de l’empereur Kotoku. Les produits laitiers semblent avoir été introduits au Japon par des émigrés coréens.Initialement réservé à une élite, le lait était consommé pour ses vertus médicinales et pour sa rareté.

A la suite des profondes réformes d’occidentalisation lancées au 19ème siècle, entraînant des effets politiques et sociaux importants, la consommation de lait et de produits laitiers allait peu à peu se répandre dans la population.

Après la Deuxième Guerre mondiale, le régime alimentaire des Japonais se mit à comporter davantage de produits d’origine animale, dont le lait. Pour faire face à la pénurie alimentaire qui sévissait au sortir du conflit mondial, les autorités japonaises instituèrent la distribution de repas à l’école, notamment du lait en poudre, qui allait être remplacé par du lait de vache frais à partir de 1958. Au début des années 50, le Japon se mit à importer davantage de produits alimentaires d’Occident, ce qui démocratisa la consommation de beurre et de fromage. Depuis, l’attrait du consommateur nippon pour les produits laitiers ne s’est jamais démenti, au contraire.  

Plan politique ambitieux

Aujourd’hui, la consommation annuelle par tête d’habitant s’élève à 31 litres de lait, 600 g de beurre et 2,4 kg de fromage, des quantités faibles comparées à ce que l’on consomme dans nos contrées.

Pour faire face à la croissance de la consommation, le Japon, qui compte parmi les plus gros pays importateurs de produits agro-alimentaires, s’est doté d’un ambitieux plan destiné à accroître son autonomie alimentaire, en faisant passer son pourcentage d’autosuffisance de 37 % actuellement à 45 % d’ici la fin de la décennie. La production laitière occupe une place privilégiée dans cette approche.

Si pendant longtemps les exploitations laitières japonaises ont été typiquement des fermes familiales, les choses sont en train de changer. On assiste de plus en plus à des fusions d’exploitations, à l’apparition de coopératives et à la mise sur pied de formules de travail partagé et de service de remplacement. Dans la foulée, les investissements visent l’allègement de la charge de travail, une tendance favorisée par des subsides publics pour l’automatisation, le smart farming, les robots de traite et même les drones.

Quelques chiffres

Les statistiques indiquent que le Japon comptait encore près de 37.500 exploitations laitières il y a 20 ans, un nombre qui était retombé à 14.380 en 2019. Sur cette période, les fermetures d’exploitation ont atteint une moyenne de 1.100 par an. Si dans le même temps, la productivité par vache a sensiblement progressé, la production nationale n’est pas à même de répondre à la demande.

Venons-en au prix payé au producteur : celui-ci a de quoi faire rêver les producteurs laitiers de chez nous puisqu’il se situe ces dernières années dans une fourchette de 0,80 à 0,90 centimes. Quant aux prix du bétail, il est en moyenne de 6.000 euros pour une génisse gestante, un prix qui a tendance à augmenter.

A l’échelle nationale, la production de lait cru a régressé de 8,57 milliards de litres en 1998 à 7,29 milliards de litres vingt ans plus tard. La plus grande partie de la production est destinée au lait de consommation, à hauteur de 4 milliards de litres, ce qui engendre une pénurie de lait pour le beurre, le fromage et d’autres produits. Par ailleurs, le prix élevé payé au producteur empêche les transformateurs de créer de la valeur ajoutée, que ce soit pour le fromage ou même le beurre dont le prix de vente dans la grande distribution est très élevé. Le lait standard coûte en moyenne 200 yen le litre (1,52 euro) et la plaquette de beurre de 200 g est vendue à 3,54 euros en moyenne.

Hokkaido

La répartition géographique des fermes laitières dans le pays est inégale selon les régions puisque près de la moitié des exploitations (5.920) sont situées sur l’île d’Hokkaido où l’on produit 54 % du volume national de lait. On estime qu’un quart des exploitations dans cette île détient un cheptel de plus de 100 vaches laitières. La traite robotisée y est encore peu répandue : 6 % des fermes utilisent un ou plusieurs robots, un pourcentage qui tombe à 3 pour l’ensemble de l’archipel.

Fromage

Même si le fromage ne fait pas partie de la cuisine traditionnelle nippone, le consommateur s’en montre de plus en plus friand. La consommation moyenne de fromage par habitant n’est que de 2,5 kg et la demande excède l’offre. Pour compenser la carence de la production intérieure, le Japon est obligé d’importer massivement du fromage, pas moins de 300.000 tonnes en 2019. Ces importations sont soumises à des tarifs douaniers importants et font l’objet de traités commerciaux. La quasi totalité du fromage importé provient de l’UE, d’Australie, de Nouvelle-Zélande et des Etats-Unis. La part de marché de l’UE atteint 35 %.   


Texte: Erna van Butzelaar

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